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TestPC, PS5, PS4, Xbox Series, Xbox One· Action-aventure / Infiltration

A Plague Tale Innocence, 7 ans après : le chef-d'œuvre imparfait d'Asobo

Sept ans après sa sortie, A Plague Tale: Innocence reste une anomalie dans le paysage du jeu d'action-aventure français. Un récit dévastateur sur l'enfance arrachée, porté par une direction artistique saisissante, mais alourdi par un gameplay qui n'a pas toujours su se mettre au service de l'émotion. On repart en Guyenne pestiférée pour trancher : œuvre ou illusion d'œuvre ?

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Rédaction Lumnix

·8 min de lecture
7.8/10
A Plague Tale Innocence, 7 ans après : le chef-d'œuvre imparfait d'Asobo
PlateformePC, PS5, PS4, Xbox Series, Xbox One
GenreAction-aventure / Infiltration
StudioAsobo Studio
ÉditeurFocus Entertainment
Date de sortie14 mai 2019
Prix actuelenv. 10–15 € (soldes fréquentes)

Sept ans et une question qui tient toujours

Le 14 mai 2019, Asobo Studio lâchait dans la nature un jeu que personne n'avait vraiment vu venir. Le studio bordelais, jusque-là connu pour des adaptations alimentaires et quelques jeux de simulation corrects, signait avec A Plague Tale: Innocence l'une des sorties les plus surprenantes de cette génération. Sept ans plus tard — nous sommes en mai 2026 —, la question mérite d'être reposée sans complaisance : le jeu tient-il vraiment la route, ou vivait-on sur l'effet de surprise d'un studio français qui osait viser haut ?

La réponse courte : il tient. Avec des réserves importantes. Et c'est précisément cette tension entre ce qui fonctionne brillamment et ce qui grippe franchement qui fait de Innocence un cas d'école fascinant à disséquer.

La France médiévale comme décor de cauchemar

L'histoire se déroule en 1349, en Guyenne, en pleine épidémie de peste bubonique. Amicia de Rune, adolescente de bonne famille, se retrouve propulsée gardienne malgré elle de son frère cadet Hugo, cinq ans, porteur d'un mal mystérieux que l'Inquisition veut récupérer à tout prix. Ce qui commence comme une fuite éperdue à travers champs se transforme progressivement en une odyssée macabre traversant charniers, villages abandonnés et forteresses assiégées par des millions de rats.

La force narrative du jeu réside moins dans son intrigue — relativement convenue dans ses grandes lignes — que dans la relation entre les deux enfants. Amicia n'est pas une héroïne de jeu vidéo au sens classique du terme. Elle a peur, elle doute, elle fait des erreurs qui coûtent cher. Hugo est authentiquement enfantin : curieux, encombrant, parfois épuisant, capable de tendresse désarmante. Leur dynamique rappelle par certains aspects celle de Joel et Ellie dans The Last of Us (Naughty Dog, 2013), mais avec une différence fondamentale : Amicia n'est elle-même qu'une enfant. Il n'y a pas de figure adulte protectrice. Il n'y a que deux gamins qui avancent parce qu'ils n'ont pas le choix.

C'est là que le jeu touche juste. L'innocence du titre n'est pas un mot doux : c'est une ressource qui s'épuise. Chapitre après chapitre, on assiste à la transformation d'Amicia, contrainte de tuer, de mentir, de brûler des gens vivants pour survivre. La caméra ne détourne jamais le regard. C'est inconfortable et c'est voulu.

Direction artistique : Asobo fait mentir son budget

Pour un studio de taille intermédiaire avec des moyens limités face aux mastodontes du secteur, Asobo livre une direction artistique qui dépasse largement son budget supposé. Les environnements sont construits avec une minutie qui force le respect : les champs jonchés de cadavres sous une lumière dorée et malade, les cathédrales gothiques envahies par les rats, les ruelles boueuses de villages fantômes. Chaque tableau raconte quelque chose sans dialogue.

La gestion de la lumière mérite une mention particulière. Les niveaux fonctionnent sur une dichotomie lumière/ombre qui n'est pas qu'une mécanique de gameplay : elle est chargée de sens. La lumière protège, mais elle expose aussi. L'obscurité abrite les rats, mais parfois aussi les seules échappatoires. Cette cohérence entre esthétique et mécanique est rare et précieuse.

Les rats, justement. Les nuées de rongeurs qui dévastent les niveaux restent, sept ans après, visuellement impressionnantes. Voir une marée noire et grouillante engloutir un chevalier en armure en quelques secondes ne perd pas son impact à la revoyure. C'est du spectacle efficace, servi par une animation de foule qui tient encore debout.

Le gameplay : l'éléphant dans la pièce

Venons-en au problème. Parce qu'il y en a un, et il est structurel.

A Plague Tale: Innocence est fondamentalement un jeu d'infiltration et de puzzle environnemental. Amicia dispose d'une fronde pour distraire ou éliminer des ennemis, et d'un arsenal de potions alchimiques à débloquer progressivement. Sur le papier, c'est une mécanique intéressante. Dans la pratique, l'exécution est rigide à un point qui peut devenir frustrant.

Les phases d'infiltration reposent sur des patterns ennemis très lisibles et peu évolutifs. Les gardes ont des angles de vision prévisibles, des comportements scriptés qui se répètent. Là où un Dishonored (Arkane Studios, 2012) ou un Hitman (IO Interactive, depuis 2016) offrent une véritable boîte à outils systémique, Innocence propose des puzzles avec une solution quasi unique. Si vous tentez une approche non prévue par les développeurs, le jeu vous rappelle à l'ordre — souvent par la mort immédiate d'Amicia ou d'Hugo.

Cette rigidité a un coût émotionnel. On sort du récit pour entrer dans un mode résolution-de-puzzle. Le flow narratif se casse. Et contrairement à des jeux comme Inside (Playdead, 2016) où la contrainte mécanique sert le propos oppressif jusqu'au bout, ici la friction est souvent purement fonctionnelle, sans valeur ajoutée dramatique.

Les combats directs, rares mais présents, souffrent des mêmes limites. Amicia n'est pas une combattante — c'est cohérent avec le récit — mais les séquences où elle doit quand même affronter des ennemis manquent de lisibilité et de satisfaction tactile. On s'en sort, mais on ne triomphe pas vraiment.

Rythme et structure narrative : les bons et les moins bons chapitres

Le jeu s'étale sur dix-sept chapitres pour une durée d'environ neuf à douze heures selon votre style de jeu. Ce n'est pas court. Et c'est là que le rythme montre ses irrégularités.

Les meilleurs chapitres sont ceux où le gameplay s'efface presque totalement au profit de la progression dramatique. Le chapitre inaugural, la traversée du village pestiféré, ou encore la séquence dans les catacombes figurent parmi les moments les plus intenses que le jeu vidéo français ait produits. Asobo sait construire une montée en tension, laisser un silence résonner, utiliser la musique d'Olivier Derivière — sobre, mélancolique, rarement envahissante — avec intelligence.

Les chapitres moins inspirés sont ceux où le jeu s'embrouille dans ses propres mécaniques, empilant des vagues d'ennemis ou des puzzles de gestion de rats sans que cela apporte quoi que ce soit à l'histoire. Le dernier tiers du jeu, notamment, accélère vers un climax qui n'est pas à la hauteur de tout ce qui précède. La résolution narrative est précipitée, et certaines décisions de mise en scène trahissent les limites du budget.

L'héritage : ce que le jeu a changé

Il serait injuste de ne pas mesurer l'impact réel d'Innocence sur l'industrie. Le succès commercial et critique du jeu — plusieurs millions d'exemplaires vendus, un score presse largement positif — a démontré qu'un studio français pouvait s'imposer dans la cour des action-aventure narratifs à gros enjeux. Il a directement permis la production de la suite, A Plague Tale: Requiem (Asobo, 2022), qui disposait cette fois d'un budget autrement plus conséquent.

Plus largement, Innocence a contribué à légitimer un certain type de jeu d'auteur à ambition narrative en Europe. Aux côtés de Hellblade: Senua's Sacrifice (Ninja Theory, 2017) ou de Disco Elysium (ZA/UM, 2019), il a montré que l'émotion pouvait primer sur le spectacle pyrotechnique, que la sobriété technique pouvait être une force narrative. Ce n'est pas rien.

Ce qui a vieilli, ce qui résiste

Sept ans représentent un cycle complet dans l'industrie. Qu'est-ce qui vieillit mal dans Innocence ? L'IA ennemie, clairement datée. Certaines animations faciales dans les scènes de dialogue, en deçà de ce que propose la génération actuelle. Et la rigidité du gameplay évoquée plus haut, qui ne s'améliore pas avec le recul — elle se confirme.

Ce qui résiste : la relation entre Amicia et Hugo, intacte dans sa sincérité. La direction artistique, toujours cohérente et chargée. La bande-son d'Olivier Derivière. Et surtout, cette capacité rare à faire ressentir physiquement la vulnérabilité de ses personnages — à faire du joueur non pas un héros, mais un enfant qui tente de tenir debout.

Verdict : l'imparfait nécessaire

A Plague Tale: Innocence est un jeu qui mérite d'être joué précisément parce qu'il ne ressemble à rien d'autre dans sa catégorie budgétaire. Ses défauts sont réels et documentés : un gameplay rigide, un level design parfois autoritaire, une conclusion en demi-teinte. Mais ses qualités — narratives, artistiques, émotionnelles — sont d'une densité que beaucoup de productions triple-A avec dix fois son budget ne parviennent pas à atteindre.

À une quinzaine d'euros au maximum en 2026, il n'y a aucune raison de s'en priver si vous ne l'avez pas encore fait. Et si vous l'avez déjà terminé à sa sortie, la relecture est instructive : on réalise à quel point Asobo avait déjà posé, dans ce premier opus imparfait, les fondations d'un univers qui méritait d'exister.

  • + Relation Amicia/Hugo d'une sincérité rare, jamais sentimentale
  • + Direction artistique cohérente et chargée de sens à chaque plan
  • + Bande-son d'Olivier Derivière, sobre et efficace
  • + Narration environnementale dense, peu de temps mort dans l'atmosphère
  • + Prix actuel imbattable pour la durée et la qualité émotionnelle proposées
  • Gameplay d'infiltration rigide, peu de marge de liberté tactique
  • IA ennemie datée, patterns prévisibles dès le milieu du jeu
  • Dernier tiers narrativement précipité, conclusion en dessous du reste
  • Animations faciales qui ont moins bien vieilli que le reste

Notre verdict

A Plague Tale Innocence, 7 ans après : le chef-d'œuvre imparfait d'Asobo

PC, PS5, PS4, Xbox Series, Xbox One

7.8/10