Slay the Spire 2 : test d'un deck-builder qui divise bien avant sa sortie
Slay the Spire 2 est en accès anticipé depuis quelques semaines, et il accumule déjà les review bombs sur Steam suite à une polémique autour d'une consultante externe. Derrière le bruit, il y a un jeu. Un vrai, exigeant, généreux, qui prolonge l'héritage du premier opus sans se contenter de le photocopier. Lumnix a joué, a perdu beaucoup, et a quelque chose à dire.

| Plateforme | PC (Early Access Steam) |
|---|---|
| Genre | Deck-builder roguelite |
| Développeur | Mega Crit |
| Accès anticipé | 2025 |
Le jeu qu'on ne laissera pas noyer sous une polémique
Mettons les choses au clair d'emblée. Slay the Spire 2 fait l'objet d'une campagne de review bombing sur Steam, alimentée par la révélation que le studio Mega Crit a collaboré avec Anita Sarkeesian — connue pour ses travaux critiques sur la représentation des femmes dans les jeux vidéo — dans le cadre du développement. Une partie de la communauté a décidé que cela justifiait des avis négatifs en masse, sans avoir nécessairement joué au jeu. Ce genre de pratique est documenté, récurrent, et dit davantage sur l'état de certaines communautés que sur la qualité d'un titre.
Notre rôle ici n'est pas de trancher le débat culturel. Notre rôle est de tester le jeu. Alors faisons ça.
Un premier opus qui a changé les règles du genre
Pour comprendre ce que Slay the Spire 2 représente, il faut rappeler ce qu'a fait le premier. Sorti en accès anticipé en 2017 puis finalisé en 2019 par Mega Crit, Slay the Spire a posé les fondations de ce qu'on appelle aujourd'hui le deck-builder roguelite — une catégorie qui n'existait quasiment pas avant lui sous cette forme codifiée. Des titres comme Monster Train (Shiny Shoe, 2020) ou Inscription (Daniel Mullins Games, 2021) lui doivent une filiation directe, que leurs créateurs ont d'ailleurs assumée publiquement. Sept ans après sa sortie, le premier opus reste une référence active avec plusieurs millions de copies vendues.
Autant dire que la suite porte un poids considérable. Et que la tentation de simplement faire « plus de la même chose » était réelle.
Ce qui change vraiment dans le 2
Mega Crit n'a pas succombé à cette tentation. Slay the Spire 2 reprend l'ossature connue — des runs générés procéduralement, une carte à traverser nœud par nœud, des combats au tour par tour où chaque carte jouée coûte de l'énergie — mais remet en question plusieurs de ses conventions fondamentales.
La nouveauté la plus structurante concerne les reliques dynamiques. Dans le premier opus, les reliques fonctionnaient comme des modificateurs passifs permanents : une fois obtenues, elles s'appliquaient sans condition. Dans le 2, certaines reliques évoluent selon vos choix au fil du run. Une relique de combat peut se bonifier si vous avez évité les dégâts sur les trois derniers combats, ou se dégrader si vous avez subi trop de statuts négatifs. Ce système de progression interne à la run modifie profondément la lecture stratégique : on ne gère plus seulement son deck, on gère aussi l'état de ses outils.
Deuxième changement majeur : les voies narratives. Le premier jeu n'avait pas de narration à proprement parler — quelques lignes de flavour text, une ambiance, mais aucun fil conducteur. Slay the Spire 2 introduit des événements scriptés qui se déclinent différemment selon le personnage choisi et les décisions prises en route. Ce n'est pas du Mass Effect — on reste dans un roguelite, les dialogues sont courts, les enjeux narratifs limités — mais ça donne au run une texture qu'il n'avait pas avant.
Les personnages : deux disponibles, un troisième en route
L'accès anticipé propose actuellement deux personnages jouables, avec un troisième annoncé pour une mise à jour prochaine. Le premier, le Forgeron, est un personnage de corps à corps dont le deck s'articule autour de la forge littérale : certaines cartes se « fondent » dans d'autres via un mécanisme d'amalgame, permettant de créer des cartes hybrides absentes du pool de base. C'est élégant, c'est parfois cassé dans le bon sens du terme, et ça donne lieu à des synergies que l'on découvre encore après une vingtaine de runs.
Le second personnage, la Tisseuse, joue sur les statuts et les chaînes de cartes : ses effets les plus puissants se déclenchent quand plusieurs cartes d'un même type sont jouées dans le même tour. Son plafond de puissance est plus difficile à atteindre que le Forgeron, mais les runs réussis sont spectaculaires. En accès anticipé, l'équilibrage entre les deux n'est pas parfait — le Forgeron pardonne davantage l'approximation, la Tisseuse punit les erreurs de séquencement sévèrement.
Technique et présentation : un vrai saut générationnel
Le premier Slay the Spire avait un charme graphique modeste, volontairement austère. Le 2 change de registre sans trahir l'identité visuelle. Les cartes sont animées, les environnements ont une vraie profondeur, les effets de sorts sont lisibles sans être surchargés. Sur une configuration milieu de gamme (RTX 3060, i5-12400), le jeu tourne à 144 fps stables sans le moindre accroc. L'optimisation est irréprochable.
La bande-son, composée par Clark (qui avait déjà signé une partie de l'ambiance du premier), est un point fort net. Elle s'adapte dynamiquement à la tension des combats — plus discrète en exploration, plus présente et percutante lors des boss. Ce n'est pas anecdotique dans un roguelite où vous passez des heures en run : une bande-son qui s'efface quand il le faut évite la fatigue auditive.
Ce qui manque encore
L'accès anticipé oblige à être honnête sur les lacunes actuelles. Le contenu, s'il est déjà substantiel, reste incomplet. Un seul acte supplémentaire par rapport au premier jeu est accessible pour l'instant, et le mode Ascension — qui dans le premier opus proposait vingt niveaux de difficulté croissante pour les joueurs aguerris — n'est disponible qu'en partie (les dix premiers niveaux). Les joueurs qui ont déjà épuisé le premier opus risquent d'atteindre le mur du contenu disponible autour de la trentième heure.
L'interface, bien que propre, souffre encore de quelques maladresses ergonomiques. Comparer deux reliques côte à côte nécessite de mémoriser les infobulles, faute de fenêtre de comparaison directe. Sur de longs runs, ce petit défaut devient irritant. C'est le genre de chose qu'une mise à jour peut régler facilement — mais en l'état, c'est là.
Enfin, l'absence de coopératif ou de mode multijoueur asynchrone — que le premier jeu avait introduit via des leaderboards et des runs quotidiens partagés — est notable. Le mode quotidien est annoncé pour une prochaine mise à jour, mais son absence au lancement de l'EA laisse un vide pour ceux qui aimaient se mesurer à la communauté.
Points forts et faibles
- + Le système de reliques dynamiques renouvelle profondément la boucle stratégique
- + Les deux personnages disponibles sont distincts, cohérents, avec un vrai plafond de puissance à explorer
- + Technique irréprochable : optimisation, bande-son adaptative, lisibilité des effets
- + Les voies narratives ajoutent une texture bienvenue sans alourdir le rythme
- + Déjà plus généreux que le premier jeu à son propre stade d'EA
- − Contenu encore partiel : mode Ascension incomplet, mode quotidien absent
- − Interface perfectible sur la comparaison des reliques
- − Équilibrage entre personnages encore inégal à haut niveau de difficulté
- − Le troisième personnage manque pour équilibrer l'offre dès maintenant
Verdict : un accès anticipé qui mérite mieux que le chaos ambiant
Slay the Spire 2 est, en l'état, l'un des meilleurs accès anticipés disponibles sur Steam. Ce n'est pas une suite paresseuse : Mega Crit a pris des risques réels sur la conception des reliques, sur l'introduction de la narration, sur l'animation des cartes. Ces risques paient. Le jeu est plus profond que son prédécesseur sur le plan mécanique, plus beau, et tout aussi addictif — voire davantage une fois que le système d'amalgame du Forgeron clique dans votre tête.
Le bruit autour de sa polémique de review bombing est exactement ça : du bruit. Il dit quelque chose sur les tensions qui traversent la communauté gaming en 2026, mais il ne dit rien sur la qualité d'un jeu qui, lui, fait son travail avec rigueur et ambition. Juger Slay the Spire 2 sur la base de qui a conseillé Mega Crit, c'est juger un film sur la biographie de son directeur de casting.
En accès anticipé, la note que nous attribuons reflète ce qui est jouable aujourd'hui — généreux, bien conçu, mais incomplet. La note finale, une fois le contenu complété, pourrait grimper.
Notre verdict
Slay the Spire 2 : test d'un deck-builder qui divise bien avant sa sortie
PC