Halloween The Game : Illfonic confirme qu'il ne sait toujours pas grandir
Michael Myers débarque enfin dans un jeu multijoueur asymétrique signé Illfonic et Gun Media. Le duo à l'origine de Friday the 13th et Predator : Hunting Grounds reproduit à l'identique ses erreurs de parcours : une licence culte sacrifiée sur l'autel d'une formule usée, d'une finition bancale et d'une ambition plafonnée au ras des pâquerettes. Halloween méritait mieux. Les joueurs aussi.

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Mise a jour
mardi 8 septembre 2026
A retenir
- 1Michael Myers débarque enfin dans un jeu multijoueur asymétrique signé Illfonic et Gun Media.
- 2Predator : Hunting Grounds (2020), Killer Klowns from Outer Space : The Game (2024), The Texas Chain Saw Massacre (2023) : la liste s'allonge, le niveau de finition stagne.
- 3Halloween : The Game arrive donc dans ce contexte précis, avec la pression d'une licence parmi les plus iconiques du slasher — Michael Myers, Halloween 1978, John Carpenter — et la même recette que d'habitude.
Angle Lumnix
On isole d'abord les faits utiles, puis on garde l'analyse centree sur ce que cela change pour les joueurs.
| Plateforme | PC, PS5, Xbox Series |
|---|---|
| Genre | Horreur asymétrique multijoueur |
Michael Myers, otage d'un duo en roue libre
Depuis la fin brutale de Friday the 13th : The Game en 2018, emporté par un litige juridique sur les droits de Jason Voorhees, Illfonic et Gun Media ont poursuivi leur route sans jamais changer de cap. Predator : Hunting Grounds (2020), Killer Klowns from Outer Space : The Game (2024), The Texas Chain Saw Massacre (2023) : la liste s'allonge, le niveau de finition stagne. Halloween : The Game arrive donc dans ce contexte précis, avec la pression d'une licence parmi les plus iconiques du slasher — Michael Myers, Halloween 1978, John Carpenter — et la même recette que d'habitude. Le résultat est à la hauteur de ce que ce duo sait faire : du moyen maîtrisé, enveloppé dans une belle boîte.
Ce test ne s'intéresse pas à savoir si le jeu est « mauvais » au sens absolu du terme. La question est ailleurs : à quel point Halloween : The Game gâche-t-il une matière première exceptionnelle ? Et la réponse est : considérablement.
La mécanique asymétrique, ni réinventée ni même actualisée
Le principe reste celui établi par Friday the 13th il y a presque une décennie : un joueur incarne le tueur, les autres campent des survivants cherchant à fuir ou à accomplir des objectifs. Dead by Daylight (Behaviour Interactive, 2016) a depuis lors poussé ce modèle dans ses retranchements, affiné l'équilibrage, multiplié les contenus. Halloween : The Game ne prend pas cette concurrence de front. Il l'ignore.
Les survivants doivent accomplir des tâches scriptées dans des maps inspirées de Haddonfield, la ville fictive de la saga. Réparer des générateurs, ouvrir des sorties, alerter des voisins : la nomenclature change, les gestes restent les mêmes. Michael Myers, lui, bénéficie d'un panel de capacités qui reproduit fidèlement son comportement dans les films — la marche lente et inéluctable, la résistance aux dommages, la brutalité des exécutions. Sur le papier, c'est cohérent avec la licence. Dans la pratique, cela engendre un déséquilibre patent entre joueurs expérimentés et débutants que le jeu ne corrige pas.
Le problème fondamental : Illfonic conçoit ses systèmes pour un public qui connaît déjà ses jeux précédents. Aucun onboarding sérieux, tutoriels expédiés en trois minutes, courbe d'apprentissage abrupte pour les survivants en face d'un Myers maîtrisé. En ranked, les parties deviennent des exécutions systématiques. En casual, elles se transforment en chaos désorganisé. L'espace entre les deux reste désespérément vide.
Haddonfield en images : le seul vrai effort visible
Il serait malhonnête de nier ce qui fonctionne. Visuellement, Halloween : The Game reconstitue l'atmosphère des films avec un soin réel. Les environnements nocturnes de Haddonfield, les maisons victoriennes décrépites, les rues désertes sous la lune : les équipes artistiques ont manifestement travaillé la direction visuelle avec minutie. L'éclairage dynamique crée de vrais moments de tension quand Michael surgit depuis une zone d'ombre.
La modélisation du personnage est fidèle — le masque blanc lisse, la combinaison bleue marine, la démarche mécanique. Les animations d'exécution sont soignées, parfois spectaculaires, toujours en accord avec le ton de la saga originale. C'est là que l'on mesure l'écart entre les équipes artistiques et les équipes de design : les premières ont fait leur travail, les secondes ont reconduit leurs habitudes.
La bande-son reprend intelligemment le thème de Carpenter sans en faire un usage aussi abusif que certains adaptations récentes. La musique monte en tension progressive, accompagne les pics d'action sans saturer l'ambiance. C'est fonctionnel, parfois efficace.
Technique : une finition 2021 sortie en 2026
Sur PC, le bilan technique est difficile à défendre. Les serveurs dédiés affichent une latence erratique en dehors des heures de pointe, avec des pics de lag qui transforment ponctuellement les poursuites en glitchfest. Les animations de transition entre états (marche, sprint, exécution) présentent des raccords visibles, des micro-freezes qui cassent l'immersion au pire moment.
Sur PS5, la situation est légèrement meilleure côté stabilité réseau, mais les temps de chargement entre les parties restent anormalement longs pour une génération de machines censée avoir réglé ce problème. L'haptic feedback de la DualSense est utilisé de façon basique, sans exploitation créative : une occasion manquée pour un jeu de survie où chaque bruit devrait compter.
Les bugs de collision — survivants coincés dans des géométries, Myers traversant partiellement un mur — ne sont pas massifs, mais ils existent et ils tombent invariablement au mauvais moment. Illfonic a l'habitude de corriger ce type d'anomalies via des patchs post-lancement, comme ce fut le cas pour Texas Chain Saw Massacre. L'expérience jour 1 reste néanmoins inférieure à ce qu'on attendrait d'une production 2026.
Contenu et durée de vie : le modèle live qui justifie le vide au lancement
Halloween : The Game sort avec un roster de survivants restreint, deux maps jouables et un seul tueur. La feuille de route promet des personnages supplémentaires, de nouvelles maps, potentiellement d'autres incarnations de Myers tirées des suites ou des reboots récents de la saga. Le modèle est connu : lancement minimaliste, extension payante progressive.
Dead by Daylight a rendu ce modèle acceptable parce qu'il proposait dès le départ une ossature solide et des boucles de jeu suffisamment variées pour justifier l'attente du contenu supplémentaire. Ici, deux maps, c'est deux maps. Les parties se ressemblent rapidement. La méta se fige en quelques heures pour les joueurs réguliers. L'absence d'un mode solo ou d'une campagne narrative — même légère — prive le jeu d'une profondeur que la licence aurait pu offrir.
Le système de progression débloque des cosmétiques, des variantes de Myers, des tenues pour les survivants. Rien de révolutionnaire, mais fonctionnel. La monétisation reste dans des limites acceptables au lancement, sans pay-to-win identifiable. C'est la barre minimale, pas un satisfecit.
Face à la concurrence : un positionnement intenable
Le marché de l'horreur asymétrique n'attend plus personne. Dead by Daylight cumule dix ans d'existence et une communauté massive. Evil Dead : The Game (Boss Team Games, 2022) a tenté l'approche coopérative avec des résultats mitigés mais un vrai effort de design. Meet Your Maker (Behaviour Interactive, 2023) a exploré des mécaniques de construction/infiltration distinctives. Dans ce paysage, Halloween : The Game arrive sans proposition nouvelle, sans mécanique signature, sans argument technique différenciant.
La seule carte jouée est celle de la licence. Et une licence, aussi forte soit-elle, ne remplace pas un design. Les joueurs qui voulaient incarner Myers ont attendu des années pour ça — c'est une demande réelle, mesurable. Mais une fois l'effet de nouveauté dissipé, ce qui reste doit tenir par lui-même. Or le jeu ne tient pas seul : il s'accroche à son modèle live en espérant que le contenu futur fera le travail que le contenu présent ne fait pas.
Points forts et points faibles
- + Direction artistique fidèle à l'atmosphère de la saga Carpenter
- + Modélisation et animations de Michael Myers convaincantes
- + Utilisation sobre et efficace du thème musical original
- + Monétisation raisonnable au lancement
- − Déséquilibre persistant entre tueur expérimenté et survivants novices
- − Contenu de lancement squelettique : deux maps, un tueur
- − Bugs de collision et latence serveur sur PC
- − Aucune mécanique nouvelle par rapport aux productions précédentes du duo
- − Absence totale de contenu solo ou narratif
- − Courbe d'apprentissage non accompagnée, onboarding inexistant
Illfonic doit changer d'approche, pas de licence
Halloween : The Game n'est pas un désastre. C'est pire : c'est un jeu suffisamment jouable pour ne pas déclencher de tollé, suffisamment limité pour ne jamais satisfaire. Illfonic et Gun Media ont construit une niche industrielle autour des licences d'horreur, et cette niche les protège autant qu'elle les enferme. Chaque nouvelle propriété intellectuelle exploitée selon le même schéma repousse un peu plus loin la possibilité qu'ils réinventent leur approche.
Michael Myers méritait un jeu qui prenne des risques — une progression narrative, des maps évolutives, une asymétrie repensée depuis le sol. Ce que les joueurs obtiennent, c'est une transposition honnête mais timorée d'une formule périmée. La licence survivra à ce jeu. La réputation du duo, elle, commence à accuser le poids de ses propres habitudes.
En bref
Michael Myers débarque enfin dans un jeu multijoueur asymétrique signé Illfonic et Gun Media. Le duo à l'origine de Friday the 13th et Predator : Hunting Grounds reproduit à l'identique ses erreurs de parcours : une licence culte sacrifiée sur l'autel d'une formule usée, d'une finition bancale et d'une ambition plafonnée au ras des pâquerettes. Halloween méritait mieux. Les joueurs aussi.
Notre verdict
Halloween The Game : Illfonic confirme qu'il ne sait toujours pas grandir
PC, PS5, Xbox Series