007 First Light arrive, mais Project Fantasy reste le vrai pari d'IO Interactive
À trois semaines de la sortie de 007 First Light, IO Interactive jongle avec deux projets aux antipodes. D'un côté, un jeu d'espionnage très attendu sur le jeune James Bond. De l'autre, Project Fantasy, un RPG en ligne en monde ouvert dont les ambitions dépassent largement le cadre de la licence. Pour un studio dont l'ADN est Hitman, ce grand écart mérite qu'on s'y attarde franchement.

IO Interactive joue sur deux tableaux
Le 27 mai 2026, IO Interactive sort 007 First Light, son interprétation du jeune James Bond. La date est là, les bandes-annonces ont tourné, le marketing suit son cours. Pourtant, dans les discussions autour du studio danois, c'est un autre projet qui capte l'attention des observateurs attentifs : Project Fantasy, RPG en ligne multijoueur dont l'existence a été confirmée il y a quelques années et dont les contours restent délibérément flous.
Le paradoxe est réel. IO Interactive est avant tout le studio derrière la trilogie World of Assassination — Hitman (2016), Hitman 2 (2018), Hitman 3 (2021) — soit l'une des séries de jeux d'infiltration les plus abouties de la décennie. Passer de l'assassin chauve aux épées et sorts fantasy, c'est un virage à 180 degrés. Et c'est précisément ce qui rend Project Fantasy aussi intrigant.
Pourquoi Project Fantasy suscite plus d'enthousiasme que 007
007 First Light s'inscrit dans un registre connu : jeu d'action-aventure taillé pour une licence premium, avec le poids commercial et les contraintes créatives que cela implique. La franchise Bond a déjà connu des fortunes diverses en jeu vidéo, de GoldenEye 007 (1997, Rare/Nintendo) à James Bond 007 : Blood Stone (2010, Bizarre Creations), avec une fiabilité inégale selon les épisodes. IO Interactive récupère une licence exigeante.
Project Fantasy, lui, est une page blanche. Aucune IP à gérer, aucun fan de roman ou de film à satisfaire, aucun acteur iconique à modéliser. Le studio peut construire son univers de zéro, et c'est cette liberté créative qui nourrit les espoirs. IO a montré avec Hitman qu'il savait concevoir des espaces denses, lisibles, et regorgeant de possibilités systémiques. Transposer cette intelligence de level design dans un RPG fantasy en ligne est une proposition qui a de quoi faire rêver.
Le studio avait lui-même évoqué le projet dans plusieurs communications officielles, le décrivant comme une expérience multijoueur en monde ouvert. Les détails restent rares, mais l'orientation est claire : ce n'est pas un clone de Hitman en robe de sorcier, c'est une ambition structurellement différente.
Le risque du grand écart
Faire deux jeux simultanément dans des genres radicalement différents, c'est une promesse de tension interne. Les studios qui ont tenté ce genre d'élargissement brutal ont parfois payé le prix fort. Cyberpunk 2077 (2020, CD Projekt Red) a illustré à quel point une seule production titanesque peut fragiliser un studio ; imaginer deux projets de cette envergure en parallèle donne le vertige.
IO Interactive a pourtant des arguments. Depuis la fin du contrat avec Square Enix et le rachat des droits Hitman, le studio est indépendant et gère son propre rythme. La structure de développement en deux équipes distinctes — l'une sur 007, l'autre sur Project Fantasy — semble être le modèle retenu, même si aucune information officielle détaillée ne le confirme à ce stade.
La vraie question n'est pas de savoir si 007 First Light sera bon ou mauvais. C'est de savoir si Project Fantasy survivra à l'effet d'aspiration d'une sortie commerciale majeure, et si IO Interactive conservera les ressources et la vision pour mener les deux à bien.
Ce qu'on attend vraiment
Pour la rédaction de Lumnix, qui suit IO Interactive depuis la première saison de Hitman (2016), l'intérêt pour Project Fantasy est simple : c'est le projet où le studio n'a aucun filet de sécurité. Pas de licence, pas de personnage préexistant, pas de public acquis d'avance. Juste une équipe qui a prouvé qu'elle savait construire des environnements vivants et des mécaniques de jeu subtiles, confrontée à l'ambition d'un genre — le RPG fantasy en ligne — qui broie régulièrement les nouveaux entrants.
007 First Light sera jugé dans trois semaines. Project Fantasy, lui, se construit dans l'ombre, et c'est peut-être là que se joue l'avenir long terme du studio. On restera attentifs.