God of War Laufey : David Jaffe, père de la saga, lâche ses réserves
Le trailer de God of War Laufey a divisé la communauté, mais la critique qui pèse le plus vient de l'intérieur : David Jaffe, créateur du God of War original en 2005 chez Santa Monica Studio, a publiquement exprimé ses doutes sur ce nouvel opus. Pas de haine gratuite, mais un scepticisme de fond sur l'identité même de la franchise. Un signal qu'il serait dommage d'ignorer.

Quand le créateur original hausse le sourcil
Les réactions au trailer de God of War Laufey n'ont pas toutes la même valeur. Entre les commentaires misogynes qui ciblent la protagoniste féminine et les enthousiasmes de façade, la prise de position de David Jaffe mérite une attention particulière. L'homme a posé les fondations de la franchise en 2005 avec le tout premier God of War sur PS2 — un jeu qui a défini l'action-aventure spectaculaire pour une décennie entière. Son opinion n'est pas celle d'un observateur extérieur.
Sa conclusion, exprimée publiquement, est sèche : ce qu'il a vu ne ressemble pas à God of War. Pas une attaque frontale, pas un rejet vitriolique — mais un scepticisme structurel sur ce que la série est en train de devenir.
Ce que Jaffe défend, concrètement
Pour comprendre la réserve de Jaffe, il faut rappeler ce que God of War incarnait à l'origine : une brutalité cathartique, une mise en scène de la colère quasi-mythologique, un Kratos défini par sa destruction autant que par sa souffrance. Le God of War de 2005, puis God of War II en 2007 (toujours sous forte influence de Jaffe), construisaient leur identité sur un spectacle viscéral et une progression linéaire assumée.
Le virage narratif et formel amorcé par God of War (2018) de Cory Barlog, puis prolongé par God of War Ragnarök en 2022, a déjà considérablement reconfiguré l'ADN de la licence — caméra à l'épaule, rythme plus contemplatif, dimension familiale. Jaffe avait alors tempéré ses réserves. Laufey semble franchir un seuil supplémentaire qui, à ses yeux, rompt le fil conducteur.
Sexisme ambiant et critique légitime : ne pas tout confondre
Il faut être net là-dessus : une large partie des réactions négatives au trailer ciblait directement le fait que le personnage jouable soit une femme. C'est du sexisme, c'est documenté, c'est sans intérêt analytique. La position de Jaffe n'entre pas dans cette catégorie.
Ses réserves portent sur l'identité de la franchise, pas sur le genre du protagoniste. C'est une distinction qui compte, et la noyer dans le bruit ambiant reviendrait à invalider une question éditoriale légitime : jusqu'où peut-on étirer une licence avant qu'elle cesse d'être elle-même ?
Sony face à un héritage qui se fragmente
God of War Laufey s'inscrit dans une stratégie Sony d'extension des franchises phares vers de nouveaux personnages et de nouveaux angles — une logique qu'on retrouve aussi dans l'approche de licences comme Horizon ou, à terme, Spider-Man. Le risque est connu : satisfaire les nouveaux publics tout en aliénant progressivement les gardiens de la mémoire de la série.
Jaffe n'est pas un garant infaillible de ce que doit être God of War. Santa Monica Studio a prouvé avec les opus 2018 et 2022 qu'elle pouvait réinventer la formule sans la trahir. Mais quand le créateur originel dit publiquement qu'il ne reconnaît plus son œuvre, ça mérite mieux qu'un haussement d'épaules collectif. C'est, au minimum, un signal que la communication autour de Laufey devra convaincre sur le fond — pas seulement sur le spectacle visuel.