La PS1 dans une manette : le prototype brésilien que Sony a abandonné
Brian « Biscuit » Watson, vétéran de l'industrie, révèle que Sony avait sérieusement envisagé de commercialiser une DualShock embarquant l'intégralité du hardware de la PS1 — un concept pensé spécifiquement pour le marché brésilien. Un projet resté dans les cartons, mais qui dit beaucoup sur la façon dont Sony cherchait à conquérir des marchés émergents à une époque où la console domestique classique n'était pas forcément le bon cheval.
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Mise a jour
dimanche 5 juillet 2026
A retenir
- 1Un projet resté dans les cartons, mais qui dit beaucoup sur la façon dont Sony cherchait à conquérir des marchés émergents à une époque où la console domestique classique n'était pas forcément le bon cheval.
- 2Brian « Biscuit » Watson ne fait pas partie des noms qui s'affichent en une des conférences, mais dans l'industrie, ses témoignages ont du poids.
- 3La cible envisagée était le marché brésilien, alors hors de portée du modèle de distribution classique.
Angle Lumnix
On isole d'abord les faits utiles, puis on garde l'analyse centree sur ce que cela change pour les joueurs.
Brian « Biscuit » Watson ne fait pas partie des noms qui s'affichent en une des conférences, mais dans l'industrie, ses témoignages ont du poids. Le développeur a récemment évoqué un épisode méconnu des premières années de Sony avec PlayStation : l'entreprise aurait concrètement exploré l'idée d'une manette DualShock qui intègrerait en elle-même tout le système PS1, sans boîtier séparé. La cible envisagée était le marché brésilien, alors hors de portée du modèle de distribution classique.
Une idée folle avec une logique économique réelle
Le Brésil des années 1990 est un cas d'école pour qui s'intéresse à la diffusion du jeu vidéo dans les marchés émergents. Des taxes à l'importation parmi les plus élevées du monde rendaient les consoles étrangères inaccessibles pour la majorité des ménages. Le prix public d'un système PS1 importé légalement pouvait dépasser plusieurs fois son équivalent européen ou américain. Dans ce contexte, réduire la chaîne de distribution à un seul objet — la manette, seule pièce obligatoire pour jouer — avait une logique de coût et de contrebande à contourner.
Watson décrit un projet où l'électronique de la PS1 aurait été miniaturisée et logée dans le corps d'une DualShock, la manette se branchant directement sur un téléviseur. Sur le papier, ce n'est pas de la science-fiction : les contraintes techniques de l'époque rendaient la chose difficile mais pas impossible, compte tenu du fait que le hardware PS1 était déjà jugé compact pour son temps. Ce que Sony envisageait ressemble, avec du recul, à ce que Sega avait tenté avec la Nomad en 1995 — une console portable qui n'avait jamais trouvé son marché — mais dans une direction encore plus radicale.
Pourquoi ce prototype n'a jamais existé au-delà des discussions
Le projet n'a apparemment pas dépassé le stade des réflexions internes. Plusieurs raisons probables se dessinent, même si Watson n'entre pas dans le détail des arbitrages internes. La miniaturisation du hardware PS1 dans un format manette aurait posé des problèmes de dissipation thermique non négligeables — la console d'origine chauffe déjà en utilisation prolongée dans son boîtier aéré. La durabilité d'un tel objet en usage quotidien était aussi une inconnue.
Mais la vraie question est peut-être plus stratégique : Sony construisait à cette époque une image de marque haut de gamme. Proposer une version low-cost encapsulée dans une manette pour un marché spécifique risquait de fragiliser ce positionnement global. La firme a finalement opté pour d'autres approches d'accès au marché brésilien, avec des résultats mitigés pendant des années, avant que les productions locales sous licence ne changent partiellement la donne.
Ce que ce prototype révèle sur la stratégie Sony de l'époque
Ce qui est intéressant dans ce témoignage, c'est moins l'objet lui-même que ce qu'il révèle sur la façon dont Sony pensait PlayStation au milieu des années 1990. L'entreprise n'était pas encore l'acteur dominant qu'elle allait devenir avec la PS2 : elle cherchait des angles, testait des formats, prenait des risques conceptuels. Cette période de tâtonnement a produit d'autres curiosités, comme le Net Yaroze — kit de développement PS1 vendu au grand public en 1996 — ou les discussions autour de modules CD-ROM pour consoles portables qui ont finalement abouti à des partenariats mort-nés.
La DualShock-console brésilienne rejoint ce catalogue de projets qui disent autant sur une époque que les produits qui ont effectivement été mis sur le marché. Sony était alors une entreprise qui expérimentait franchement, avant que le succès de la PlayStation ne rigidifie les processus décisionnels.
Un héritage de format qui continue d'inspirer
L'idée d'une console logée dans sa propre manette n'a pas disparu avec ce prototype. Nintendo a sorti la NES Classic Mini en 2016 et la Super NES Classic en 2017, des objets dont la philosophie — concentrer une expérience de jeu complète dans un format réduit — s'approche de ce que Sony envisageait, même si l'exécution est différente. Plus récemment, des produits comme l'Evercade EXP de Blaze Entertainment (2022) ou les GameStick de diverses marques tierces montrent que le marché des appareils hybrides manette-console existe bel et bien, notamment dans les pays où le prix reste un obstacle majeur.
Sony, de son côté, n'a jamais revisité cette piste pour de vrai. La PlayStation Portal sortie fin 2023 est une manette avec un écran intégré, pas une console — la distinction compte. Ce prototype brésilien reste donc une parenthèse, mais une parenthèse révélatrice : les meilleures idées que Sony n'a pas faites ont souvent été réalisées par d'autres, dix ou vingt ans plus tard.
En bref
Brian « Biscuit » Watson, vétéran de l'industrie, révèle que Sony avait sérieusement envisagé de commercialiser une DualShock embarquant l'intégralité du hardware de la PS1 — un concept pensé spécifiquement pour le marché brésilien. Un projet resté dans les cartons, mais qui dit beaucoup sur la façon dont Sony cherchait à conquérir des marchés émergents à une époque où la console domestique classique n'était pas forcément le bon cheval.